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Par LES TROIS COUPS
Hermétique
Je croyais que quelques jours me donneraient un peu de recul, afin de comprendre toutes les complexités du récit de « Lorentino d’Arezzo » qui m’avaient échappé le soir même. Mais le temps n’a pas bien fait son travail, et le récit interprété dans la plus petite salle de la M.C.93 me paraît toujours aussi hermétique.
En ces jours de faible pouvoir d’achat, je conçois que payer de nombreux comédiens pour un spectacle peut se révéler coûteux, mais quand même ! Quelle est cette mode théâtrale et frauduleuse de planter un comédien sur scène et de lui faire raconter une histoire – à peine dramatisée – tout seul pendant une heure-dix ?
Cette histoire-ci parle de Lorentino d’Arezzo, un peintre italien de la Renaissance sans grande reconnaissance. Sa famille, sans le sou à cause du père mauvais peintre, aimerait bien pouvoir manger un peu de viande de temps en temps. Et c’est alors qu’un paysan demande à Lorentino de peindre le portrait de saint Martin, en échange… d’un cochon (d’où l’affiche du spectacle, assez réussie avouons-le, qui représente un immense porc au milieu d’une ruelle pavée et décrépite). Voilà.
« Lorentino d’Arezzo » | © Michel Gantner
Il y a sans doute bien plus à dire sur l’écriture, sonnante, bien plus à dire sur le rythme des mots et des phrases, mais je laisse cette tâche à ceux qui ont pleinement assimilé le texte. Pour ma part, ce texte m’a paru lointain et difficilement compréhensible, bien que dit en français par un comédien fort habile. Plus que le vocabulaire recherché – Racine et Shakespeare usent de nombreux mots multisyllabiques et l’on ne s’en plaint pas –, je blâme l’adaptation de ce texte, qui appartient au domaine du roman et qui vit mal son transit théâtral.
Aucune image dramatique n’a percuté la scène, sauf à la fin, quand le conteur (car ce n’est pas un personnage) s’est approché du mur du fond de la salle, peint en blanc, et a décrit un tableau que l’on imaginait peu à peu projeté sur la toile vierge. À part ce moment scéniquement et émotionnellement intéressant, peu d’autres trouvailles visuelles ont retenu mon attention. La lumière, malgré son élégance et sa sophistication, n’a pas contribué à faire du récit de Lorentino d’Arezzo une fresque dramatique.
L’on pourrait considérer ce spectacle comme un conte. En effet, le comédien est positionné comme un récitant et non comme un personnage. Mais si ce Lorentino d’Arezzo est un conte, il n’a pas réussi à captiver mon imaginaire et à m’amener dans le monde de la Renaissance, de ses peintres, de sa culture, à la fois lointaine et fondatrice. Dommage. Si j’ai le courage, je lirais le livre de Pierre Michon, Fie-toi à ce signe, qui a inspiré le spectacle. Peut-être que je serais plus agréablement surprise… ¶
Anne Losq
Les Trois Coups
Lorentino d’Arezzo, de Pierre Michon
Production M.C.93 • 1, boulevard Lénine • Bobigny
Mise en scène et adaptation : Patrick Sommier
Avec : Gilles Arbona
Scénographie : Noëlle Ginefri
Lumières : Pierre Setbon
M.C.93 • 1, boulevard Lénine • 93000 Bobigny
Réservations : 01 41 60 72 72
Du 16 mai au 2 juin 2008 à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche mercredi et jeudi
Durée : 1 h 10
9 € | 17€ | 25 €
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