Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

Publicité

« Le Nautilus » (critique d’Aïda Asgharzadeh), collège de La Salle, Avignon Off 2008

Voyage au bout de l’intime

 

Dans la cour de récréation du collège Saint Jean-Baptiste de La Salle, une camionnette Peugeot de 1962 stationne entre une marelle et le terrain de sports pour la durée du Off 2008. La voiture aux allures désuètes n’est autre qu’un théâtre ! Une des deux comédiennes m’accueille, carte en main. Au menu, treize monologues aux saveurs diverses. Je commande le mien, au hasard des titres. Quelques secondes, le temps pour l’interprète de s’adapter à mon choix, et sa collègue me guide sur le long tapis rouge qui mène à l’arrière de l’engin.

 

À l’origine du concept, Nicolas Moreau. Il pense un théâtre où acteur et spectateur se frôlent au plus près, il pense peep-show théâtre. Le principe : l’intérieur d’un minibus est aménagé pour deux spectateurs au maximum. Seul un voile de tulle les sépare du comédien. Dix auteurs contemporains ont écrit un texte chacun pour Nicolas Moreau, expressément pour cette forme singulière de représentation. Son espace grouille des divers objets nécessaires à chaque monologue. C’est dans ce joli méli-mélo que pendant dix minutes, il s’adressera et jouera pour son ou ses deux spectateurs.

 

En 2008, Nicolas Moreau fait appel à deux comédiennes, Maud Ivanoff et Émilie Wiest, pour le relayer. Le répertoire est conservé. S’y ajoute quelques coups de cœur des comédiennes, comme l’Actrice empruntée, de Melquiot. Voilà la camionnette équipée pour le Off d’Avignon, avec ses deux comédiennes en alternance, la première douce et délicate, la seconde plutôt brute de décoffrage. Elles arrivent chacune avec agilité à se glisser en quelques secondes dans la peau des différents personnages, à la demande de leur public. Avec chacune sa personnalité, elles appellent, apostrophent, cajolent ou critiquent le spectateur sans jamais le brusquer.

 

 

Car le procédé peut être dérangeant. Seuls, ou presque, face à la comédienne, nous prenons conscience que celle-ci joue pour nous exclusivement. Un lien particulier se tisse alors déjà entre nous. S’y ajoute la proximité extrême de nos deux corps. Parfois, la comédienne avance jusqu’au rideau de tulle, son visage à quelques centimètres du nôtre. Nous ne sommes plus protégés que par ce voile quasi transparent sous la lumière des projecteurs. Pour couronner le malaise, la comédienne s’adresse directement à nous, ses yeux pénétrant les nôtres.

 

Et c’est cela même : effacer la démarcation entre comédien et public. Faire de ce dernier un spectateur non plus passif mais actif, éveillé, en somme intelligent. En tant que spectateur, ce face-à-face se révèle gênant au premier abord, car il nous déloge de notre place au fond de ce petit fauteuil confortable, dans le noir, à l’abri de tout danger. On se concentre pour ne pas montrer de faille, on est fasciné par ce regard si direct, si envahissant, si vrai, si bien qu’on en oublie d’écouter le texte. Puis on accepte la chose et on finit par y prendre goût. Le texte parvient alors avec force, et on sent l’échange opérer. Au bout des dix minutes, on en redemande !

 

Par curiosité, j’ai demandé à un petit enfant comment il avait vécu l’expérience du spectateur de Jean-Louis Bauer. Le texte se fonde sur la permutation des places entre spectateur et comédien. Ce dernier se croit au théâtre, théâtre dont nous, spectateurs, sommes les acteurs. Qui joue ? Qui regarde ? La mutation peut être troublante. Pourtant, ce petit garçon de huit ans, libre de tout préjugé ou de toute barrière, s’est beaucoup amusé, sans se soucier d’être seul dans la camionnette, ni d’être observé… 

 

Aïda Asgharzadeh

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Nautilus

Les Trois Temps • 14, rue Lantiez • 75017 Paris

06 15 30 82 34

emilie_wiest@yahoo.fr

Auteurs : Gildas Milin, David Lescot, Jean-Louis Bauer, Josiane Balasko, Jean-Gabriel Nordmann, Jérôme Robart, Nicole Sigal, Lionel Spycher, Gérard Watkins

Mise en scène et création : Nicolas Moreau

Assistante à la mise en scène : Frederica Martucci

Avec : Maud Ivanoff, Émilie Wiest (en alternance)

Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 88 00 56

Du 10 juillet au 2 août 2008 entre 11 heures et 13 heures puis entre 17 heures et 20 heures, relâches les 21 et 28 juillet

Durée : 8 à 10 min

4,5 € | 3,5 €

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Les 2 jeunes filles qui assuraient ce spectacle d'un concept original se relayaient, une à l'accueil qui présente le menu des pièces possibles, et l'autre jouant dans le camion. Elles ont en fait repris le camion et les pièces à un acteur qui avait créé cela pour le théâtre du Rond Point. Elles ont adapté les textes au féminin et changé le nom du spectacle... Initialement, et cela correspond bien à l'impression que l'on a quand on se glisse dans cet habitacle sombre, cela s'appelait "Peep Show"... mais déjà qu'elles ont des problèmes quand elles présentent leur Nautilus dans certaines banlieues, deux filles dans un camion avec un titre pareil c'était carrément risqué ! Le concept est vraiment génial, mais il faudrait, pour l'améliorer un peu, trouver un nom moins enfantin car les pièces sont plutôt dits que drôles, faire un "vrai" menu avec entrées (pièces faciles), plats (pièces à penser) desserts (pièces drôles)... et surtout repeindre le camion et lui donner un rôle à jouer dans l'histoire ! Il faudrait le taguer ou le couvrir de fresques plus attrayantes. Mais ces suggestions d'amélioration n'enlèvent rien au spectacle et c'est vraiment sympa d'aller voir, pour soi tout seul, 10 minutes de théâtre intime !
Répondre
M
Merci pour ce descriptif!C'est sûr que se retrouver "transformés en cochons" pour nous fut assez dérangeant, mais aussi une de nos meilleures expériences à Avignon.
Répondre