Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Sous la constellation
des éclats de rire
Par Claire Néel
Les Trois Coups.com
Au Théâtre des Béliers, fourmillant à côté de la porte Magnanen, la compagnie Zibaldoni nous monte sur ressorts avec son « Molière malgré lui », réunissant trois auteurs-acteurs : Molière en personne et, en chair et en masque pour notre plus grand plaisir, Guillaume Collignon et Jean-Hervé Appéré.
C’est un Médecin malgré lui laurelethardiesque qui nous est offert, par les voix et les corps de multiples personnages : ceux de Molière, ses jumeaux de la commedia dell’arte, un Mastoc et un Moustique (le grand et le petit) et des spectateurs charmés de pouvoir devenir, au bon vouloir contagieux des comédiens, Lucinde, Léandre, nourrice ou autres indispensables. Ils parlent la langue de Molière, ressuscitent dialogues, chansons et pantomimes de Laurel et Hardy, sans oublier quelques échappées plus ou moins improvisées de MM. Collignon et Appéré.
Nous rencontrons tout d’abord deux hommes sans âge, à l’accent anglais. L’un, bouclé et bondissant, organise la scène pendant que l’autre, plus coussineux et moustachu, nous informe que nous attendons les maîtres de conférence. Qui n’arrivent pas, et c’est tant mieux ! Nous préférons nous délecter de ces deux amis, déjà familiers, et découvrons leur fonctionnement d’inséparables qui se sont approprié le proverbe « Qui aime bien… ». Ils trouvent, au fond d’une valise, des masques, des vrais, de ceux qui possèdent celui qui le porte. Les voici contaminés par la farce, en métamorphoses d’attitude, d’énergie et de gouaille, pour chevaucher allègrement les immortels destins des protagonistes du Médecin malgré lui, tout droit sortis de la tête de notre cher Jean-Baptiste. Un homme aviné se retrouve ainsi médecin par les malices de sa farouche femme, et le voici impliqué et contraint de prendre en charge une muette, son père et l’éperdu prétendant, cause du mutisme.
Mélange des genres, plus frères que cousins, pour cette mise en scène, « réunir la commedia dell’arte, Molière et le cinéma burlesque américain » : pari gagné, chapeau melon bas, haut les mains et francs les rires ! Le public est actif, il existe indubitablement et contribue à ce moment partagé, grâce à l’enthousiasme communicatif des comédiens, rendant son sens entier au noble nom de spectacle vivant. Acteur malgré lui, donc, mais pour faire ses (nos) délices. Surtout lorsque séduit par un chant d’amour, zyeux dans les zyeux, sous ceux, envieux, du reste du public. Chant, musique live, pirouettes et même danses, sous le signe du gag. D’où une constellation d’éclats de rire !… Merci ! Quel bien ça fait !
Les comédiens, vous l’aurez compris, portent tout ce bonheur à bras le corps. Guillaume Collignon est espiègle, naïf et tendre. Il sait, sans y toucher, trouver l’élégance d’un conseil : monsieur, ne collez pas sur votre visage le masque perlant de sueur que je vous prête. Cela entre trois chutes virtuosinueuses, cinq changements de costume, dix coups d’éventail et trois mille allers-retours de la scène aux gradins. Quant à Jean-Hervé Appéré, on sent à son regard qui frise le plaisir qu’il prend à nous en donner et sa jubilation à jouer les drôles. Derrière sa grosse voix, sa maligne habitude de plier son confrère, on voit gros comme son petit ventre que, au fond, il n’est pas bien méchant… ¶
Claire Néel
Molière malgré lui, de Molière, Guillaume Collignon, Jean-Hervé Appéré
Compagnie Zibaldoni • 1, rue Henri-Tessier • 91150 Étampes
06 72 73 77 91
Collaboration à la mise en scène : Stephan Debruyne
Avec : Jean-Hervé Appéré et Guillaume Collignon
Chant : Henri de Vasselot
Masques et décors : Stephano Perocco Di Meduna
Costumes : Oriane Harmel
Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 21 07
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 14 heures
Durée : 1 h 15
15 € | 10,50 €
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