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Par LES TROIS COUPS
Danse céleste
Au beau milieu du millier de pièces de théâtre jouées en ce moment-même à Avignon, il y a de la danse. Éric Oberdorff nous offre deux morceaux choisis – « Enola’s Children » et « Absence » – qui montrent la diversité de son langage chorégraphique et qui nous emmènent dans des sphères émotionnelles variées et profondes. Le Studio des Hivernales, tout petit lieu pour grands danseurs.
En prenant pour thème la reconstruction du Japon après l’explosion des bombes nucléaires, Oberdorff semble vouloir, avec le solo Enola’s Children, explorer l’état de l’homme après un traumatisme. Il étudie aussi la manière qu’à l’homme de se renouveler, et de se rebâtir.
Le danseur Gildas Diquero, d’abord allongé et roulant sur lui-même, presque nu et très vulnérable, se réapproprie peu à peu l’espace. Tel un phénix, il renaît de ses cendres. Il revêt un nouvel habit, à la fois traditionnel et contemporain. Ses mouvements, issus des arts martiaux et de la danse, mêlent précision rituelle et fluidité du geste. La musique électro, composée par A.P.P.A.R.T. pour ce solo, fait résonner l’hypermodernité du Japon actuel, tout en utilisant aussi des instruments à corde traditionnels. Cette musique dialogue de façon surprenante avec les gestes intemporels du danseur.
Autres ambiances, et autres sensibilités avec Absence. Une danseuse, d’abord seule, allie fragilité et tension au travers d’une chorégraphie qui creuse le sentiment de vulnérabilité. Elle danse sur un morceau d’Arvo Pärt, De profundis, une musique pour orgue et chœur d’hommes. Cette silhouette gracile vêtue de blanc déambule dans une atmosphère musicale solennelle. Audrey Vallarino cherche sa place dans un entre-deux, entre terrestre et aérien, à la fois en dansant sur le sol et en s’élançant parfois en arabesques.
Elle est ensuite rejointe par Gildas Diquero dans un duo majestueux. La musique, toujours d’Arvo Pärt, mais dans un registre complètement différent, oscille entre piano et cordes. Ce Spiegel im spiegel, souvent entendu, est sublimé par la chorégraphie qu’il accompagne ici. Il y a tant de poésie, de fragilité dévoilée dans ces portés qui se transforment au creux des corps. Le danseur soutient la danseuse, qui, a son tour, utilise son équilibre pour ébaucher une nouvelle forme. Il y a toujours cette tension entre contact rassurant et instabilité dans la solitude.
La force des notes évanescentes du duo piano-cordes dialogue avec le duo de danseurs. Les lumières, intenses mais non intrusives, soulignent les lignes des corps, les mouvements infimes des muscles. Et vers la fin de ce moment magique, un porté si près du public que les ondes de la danse fondent sur nous. Le mouvement est déployé dans toute sa créativité et sa rigueur, libérant une émotion que je ne suis pas prête d’oublier. ¶
Anne Losq
Les Trois Coups
Enola’s Children et Absence, d’Éric Oberdorff
Compagnie Humaine • 12, rue Dellile • 06000 Nice
06 76 09 66 87
Chorégraphie et scénographie : Éric Oberdorff
Avec : Audrey Vallarino et Gildas Diquero
Musique : Anthony Rouchier aka A.P.P.A.R.T. et Arvo Pärt
Costumes : Philippe Combeau
Lumières : Bruno Schembri
Studio des Hivernales • La Manutention, 4, rue Escalier-Sainte-Anne • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 33 12
Du 10 au 26 juillet 2008 à 14 heures
14 € | 10 €
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