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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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Thomas Dutronc (critique de Johana Boudoux), L’Olympia à Paris

Thomas Dutronc émeut profondément

son public

 

Avec son premier album « Comme un manouche sans guitare », Thomas Dutronc a réussi à s’imposer dans le paysage musical français. Dans le cadre de sa tournée, cet artiste à part entière – malgré l’étiquette de « fils de » que certains s’acharnent à lui coller – fait escale à l’Olympia du 19 au 21 novembre 2008. Faisant fi du caractère imposant de la salle, Thomas Dutronc parvient à créer une atmosphère intime et joyeuse en offrant à son public bien plus qu’un simple concert, un véritable spectacle dans lequel il se révèle être un maître amoureux de l’art du jeu de mots et, selon ses propres termes, du contrepoint…-virgule.

 

Après une première partie de Marie Modiano, avec qui il chante en duo Solitaires, Thomas Dutronc fait son entrée en ombre chinoise derrière un drap blanc tendu au milieu de la scène, et actionne un vieux tourne-disques, d’où ne tarde pas à s’échapper Ill See You in My Dreams de Django Reinhardt. Le ton est donné. Pourtant, si le jazz manouche rythme le spectacle de Thomas Dutronc, il ne s’y limite pas, tant du point de vue musical que de la mise en scène.


En effet, le drap blanc devient bientôt le support onirique, tantôt d’ombres chinoises avec lesquelles les musiciens s’amusent à présenter plusieurs saynètes décalées, tantôt de projections de cartes postales de France et de Corse, de photos insolites, d’une pochette d’un vinyle de Django Reinhardt, mais aussi de divers objets, tels une boule dans laquelle virevolte une danseuse de flamenco, une petite voiture, des animaux en plastique…


Si l’atmosphère est bon enfant, l’humour n’en est pas moins fin, bien au contraire. Les chansons de l’album Comme un manouche sans guitare évoluent au gré de chaque concert, selon l’actualité politique et la ville où il se déroule. Ainsi Thomas Dutronc introduit-il sa chanson NASDAQ par une caricature digne de Charlie Hebdo en endossant avec beaucoup de justesse le costume d’un capitaliste cruel et méprisant, se vantant au téléphone (une banane, CQFD) de vivre très bien la crise, « puisque pour sauver les banques l’État emprunte à d’autres banques, donc à moi », sur fond de bossa brésilienne rythmée par des noms comme « Société générale » ou « Jérôme Kerviel ».


Ainsi encore dépeint-il avec beaucoup de tendresse dans les Frites bordel les désillusions qui surviennent à l’âge adulte et le sentiment de solitude qui s’accentue avec le temps, déplorant au passage « une alimentation surgelée… un pouvoir d’achat surgelé », avant de s’improviser avec un cynisme évident candidat aux prochaines élections présidentielles.


Mais Thomas Dutronc fait plus que de faire rire son public, il l’émeut profondément. Guitariste reconnu dans le milieu manouche, il a su, peut-être plus que d’autres, rendre cette musique accessible au plus grand nombre sans pour autant la vulgariser ni en sacrifier les multiples facettes. Entouré de Pierre Blanchard, violoniste au génie certain dont chaque mouvement d’archet bouleverse le public, notamment dans son interprétation de Veish a no drom de Ninive Garcia, Bertrand Papy à la guitare, Jérôme Ciosi à la basse et Stéphane Chandelier à la batterie, avec lesquels il partage une amitié évidente, Thomas Dutronc a donc créé son propre univers musical, irréductible au seul jazz manouche ou à la variété française. Ensemble, ils passent en effet, et ce avec le même plaisir, d’un pot-pourri mêlant des tubes rock, rap et même électro, à un sublime medley reprenant le thème des Triplettes de Belleville ou à une interprétation audacieuse de les Yeux noirs.


Après deux rappels, c’est dans un souci de symétrie assez poétique que Thomas Dutronc quitte l’Olympia en ombre chinoise derrière le même drap blanc, sa valise pleine de cartes postales à la main, comme un manouche sans guitare. 


Johana Boudoux

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Thomas Dutronc

www.thomasdutronc.fr

www.myspace.com/thomasdutronc

Mise en scène : Mathieu Chédid et Cyril Houplain

Guitare et chant : Thomas Dutronc

Violon : Pierre Blanchard

Guitare : Bertrand Papy

Basse : Jérôme Ciosi

Batterie : Stéphane Chandelier

Olympia - Bruno-Coquatrix • 28, boulevard des Capucines • 75009 Paris

Réservations : 08 92 68 33 68

Du 19 au 21 novembre 2009 à 20 heures

Durée : 3 heures

35 € | 45 €

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