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Par Les Trois Coups
Lycéens debout sourire
aux lèvres
Par Claire Tessier
Les Trois Coups.com
La pièce la plus célèbre de Shakespeare est aussi une des plus longues… J’avoue, j’y craignais l’assoupissement, voire l’ennui. Que nenni ! Plus de quatre heures de vrai bonheur. Cela n’arrive pas si souvent. Claire Lasne-Darcueil et sa troupe ont fait de « Hamlet » une composition théâtrale, mais aussi musicale, chorégraphique, animale, plastique. Donnant à l’œuvre de Shakespeare toute sa force, toute sa beauté, toute son actualité.
C’est écrit partout, Shakespeare résonne aujourd’hui, ses sujets sont éternels, ses pièces mêlent tragédie et comédie, c’est le théâtre dans le théâtre… Soit ! Mais pour que les tourments intérieurs d’Hamlet émeuvent, entraînent, questionnent, il faut leur donner corps. L’épaisseur nécessaire à l’absorption des multiples conflits, non-dits, folies que porte le personnage principal, mais aussi les seize rôles avec lesquels il interagit.
La pièce s’ouvre avec l’arrivée du spectre. Sur une avant-scène lisse noire et brillante. Derrière, une scène terreuse surplombée par une plateforme, ponton aux cordes de bastingage sous lequel serpente une étrange galerie de miroirs sans tain. L’ambiance est ténébreuse, mais elle n’est pas lugubre. Les gardes, premiers témoins de l’apparition, informent Hamlet de la vision du défunt roi. Hamlet le voit à son tour. Son destin commence à s’accomplir. Patrick Catalifo entre dans son personnage. Il n’en sortira plus durant les cinq actes. Tout est là pour en prendre plein les yeux, plein les oreilles.
Juste quelques moments choisis plutôt qu’un récit argumenté. Parce que cette pièce se vit.
Comme l’arrivée des comédiens qui vont permettre à Hamlet de faire jouer ce qu’il croit encore n’être que des soupçons : le meurtre fratricide de Claudius. Ribambelle de zouaves en haillons déboulant sur scène et rendant à Hamlet un sourire qui le surprend lui-même.
Comme le premier monologue d’Hamlet exprimant son indéfectible chagrin suite à la mort de son père et sa répulsion face au remariage « incestueux » de sa mère avec Claudius. Recroquevillé qu’il est sur sa table, accroupi, appuyé sur un mur, déjà névrosé à souhait.
« Hamlet » | © Jean-Pierre Estournet
Comme le suicide d’Ophélie, se laissant tomber nue dans les flots symbolisés par un voile gigantesque dont elle s’entoure. Dans les enceintes, je crois que c’était Radiohead. C’était époustouflant de beauté.
Comme les marques d’amitié que se donnent Hamlet et Horacio. Leur confiance réciproque est à chacun leur béquille. Comme, comme… J’arrête, je n’en finirais pas. Les moments magiques sont nombreux.
Le jeu de Patrick Catalifo porte la troupe, et tous s’y rallient. Le coup de maître est là : pas de décalage, de personnages moins consistants. Ils sont tous bons !
Étrange, celui de Gertrud. Dans cette mise en scène où les mouvements des corps prennent beaucoup d’importance, le sien semble frêle, moins tonitruant, un peu gauche. Claire Lasne-Darcueil a voulu laisser plus de place à celui des « ses » hommes ? Baroque, celui du fossoyeur en robe de bal rouge vif et aussi saltimbanque singeant la reine. Touchant, le pianiste poussant la chansonnette.
Claire Lasne-Darcueil a choisi la traduction d’André Markowicz pour nous raconter la vie du prince Hamlet. « Choisi » : le terme n’est peut être pas le bon, la traduction de Markowicz semble s’être imposée tant elle est en phase avec la mise en scène et le jeu. Ou peut être est-ce l’inverse ! Shakespeare a été ajusté par son traducteur lors du montage de la pièce.
Il y a de la musique rock, les vautours et les chouettes de la Compagnie « Vol en scène ». Symboles et compagnons de jeu, les rapaces entourent la troupe.
Et puis… J’ai mal aux mains, applaudissements à tout rompre, lycéens debout sourire aux lèvres, saluts qui n’arrivent pas à s’arrêter. Je crois qu’ils ont gagné. ¶
Claire Tessier
Hamlet, de William Shakespeare
Création du centre dramatique Poitou-Charentes • 66, boulevard Pont-Achard • B.P. 504 • 86012 Poitiers cedex
05 49 41 43 90 | télécopie 05 49 41 03 73
Traduction : André Markowicz
Mise en scène : Claire Lasne-Darcueil
Assistant à la mise en scène : Alexandre Doublet
Avec : Valère Bertrand, Patrick Catalifo, Alexandre Doublet, Alain Enjary, Dominique Guihard, Vincent Gatel, Claude Guyonnet, Gérard Hardy, Louis-Basile Samier, Richard Sammut, Aymeri Suarez-Pazos, Romans Suarez-Pazos, Thibault Suarez-Pazos, Vincent Gabard, Charlotte Gosselin, Claire Lasne-Darcueil, Danièle Virlouvet
Participation de Jean-Noël Lamoille, Valérie et Simon Thuriet
pour « Vol en scène »
Espace : Nicolas Fleury, Sylvain Girard, Claire Lasne-Darcueil
Lumière : William Lambert
Son : Thomas Sillard
Costumes : sous la direction de Nicolas Fleury
Théâtre auditorium de Poitiers • 1, boulevard de Verdun • 86000 Poitiers
En tournée jusqu’au 3 avril 2009
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