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Par Les Trois Coups
Fanny Ardant : une classe incroyable
Par Céline Doukhan
Les Trois Coups.com
Texte de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Lambert Wilson, Fanny Ardant en vedette : le trio était alléchant. Verdict : le spectacle tient toutes ses promesses !
Il y est question d’une chanteuse de music-hall sur le retour. Mais a-t-elle jamais vraiment été la vedette qu’elle prétend être ? Flanqué de ses deux acolytes et faire-valoir, voilà « la Fille » qui déroule le fil de ses (més)aventures scéniques. Son entrée, sa façon de s’asseoir sur son tabouret, les partenaires qui vont et viennent, les costumes… C’est une petite comédie humaine à la fois dérisoire et pathétique qui défile dans ce monologue déguisé.
Ce monologue est au passé. Ce langage avec ses proverbes et ses expressions figées, ces anecdotes sont ceux d’une histoire révolue et même qui n’a peut-être jamais eu lieu. Le glamour de cette improbable vedette en robe vert pomme et perruque blonde n’a-t-il jamais eu d’autre théâtre que ces salles minables, ces espaces si petits que l’on ne peut même pas y faire une entrée digne de ce nom ? Que ces plateaux éclairés par un unique projecteur ? En lieu et place de la gloire, tout est rétréci, ramené à une médiocrité à la fois désolante et cocasse. Le début du spectacle introduit magnifiquement cette dualité, lorsque la Fille évoque sa façon d’entrer en scène. Tout d’abord prévue par le fond, l’entrée se fait à défaut par le côté, puis, si cela n’est pas possible non plus, les acteurs se tiennent déjà prêts sur le devant de la scène au lever de rideau ! De même, les difficultés liées aux traversées en bateau pour d’hypothétiques tournées internationales ne sont que des chimères peu à peu remplacées par les problèmes bien réels causés par les heures de marche à pied dans d’obscures villes de province.
« Music-hall » | © Pascal Gély
C’est donc toute la subtilité de cette pièce que d’être sans cesse à la frontière du tragique (une réflexion sur la solitude, l’échec, l’importance du regard des autres) et de la dérision. La Fille en est le pivot, et Fanny Ardant est époustouflante dans son interprétation de ce personnage aux multiples facettes. L’actrice, superbe au cinéma, est également une grande comédienne de théâtre, ne serait-ce que par sa diction et sa gestuelle à la fois très lisibles et expressives. Dans la première scène par exemple, elle fait preuve d’un abattage et d’un sens de l’autodérision irrésistibles ! Un geste de la main pour suggérer le trop petit espace entre les acteurs et le public de son spectacle fantôme, et toute la salle éclate de rire. Quelle complicité avec le public ! Elle exprime toutes les émotions avec une classe incroyable, tour à tour gouailleuse, désespérée, mordante ou nostalgique. Et, sans transition, nous voici dans des moments plus sombres, où le dérisoire des situations évoquées révèle peu à peu des failles plus profondes, un véritable spleen. Sans jamais tourner au drame, la pièce est donc toujours sur le fil du rasoir, comme cette Fille dépressive qui semble toujours sur le point de pleurer.
La mise en scène de Lambert Wilson, très épurée, contribue à mettre en valeur le texte et les acteurs. Le seul accessoire est un tabouret, l’unique propriété de la « troupe », qui fait l’objet de tout un passage hilarant. Plus tard, vers la fin, une balançoire scintillante tombera du ciel, pour réveiller les fantômes d’un passé glorieux, fait de paillettes et de strass, pour un numéro, le numéro fondateur, au cours duquel le temps est suspendu. En outre, la simple scène en bois qui s’avance au-delà de l’espace habituel est sur le même plan que les premiers rangs de spectateurs. Il y a donc une proximité certaine entre l’espace scénique et l’espace du public, mais en même temps, l’immense espace au-dessus de la scène renforce le sentiment de solitude qui s’abat littéralement sur les protagonistes.
Finalement, autant le trio de la pièce est pathétique, autant le trio d’acteurs sur scène suscite l’admiration. Les deux « boys », faire-valoir de la Fille, sont en effet excellents. Comme pour un chœur tragi-comique, leurs facéties ou leurs coups de gueule ponctuent le discours du personnage principal de la Fille. Ils sont à la fois acteurs et spectateurs, et leur présence assure donc un relais entre la Fille et nous, les « vrais » spectateurs, qui pouvons nous identifier à eux. C’est sans doute une des choses qui rendent le personnage de la Fille d’autant plus touchant. Même s’il y a quelques longueurs à la toute fin, on est donc conquis par ce spectacle émouvant et par son interprète exceptionnelle. ¶
Céline Doukhan
Music-hall, de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène : Lambert Wilson
Collaboration artistique : Cécile Guillemot
Avec : Fanny Ardant, Éric Guérin, Francis Leplay
Lumières et scénographie : Françoise Michel
Costumes : Virginie Gervaise
Environnement sonore : Janyves Coïc
Chorégraphie : David Moore
Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis, boulevard de la Chapelle • 75010 Paris
Métro : La Chapelle
Du mercredi 7 janvier au samedi 14 février 2009, du mardi au samedi à 20 h 30 ; matinées les samedis à 15 h 30 ; relâche les dimanche et lundi
Réservations : 01 46 07 34 50
Durée : 1 h 25
26 € | 18 € | 12 €
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