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Par Les Trois Coups
Tout est bien qui finit bien
Je connaissais bien la pièce, ses marivaudages et ses quiproquos. Je craignais de m’ennuyer un peu, mais ce ne fut pas du tout le cas. Cette jeune compagnie a fait souffler un vent frais sur cette comédie, dont la lecture se trouve dépoussiérée. Décidément, la programmation du Lucernaire offre de belles surprises.
La journée promettait d’être belle. Suzon devait épouser Figaro, mais le bonheur joue à cache-cache, se dérobe et ne se laissera pas attraper facilement. Tourbillon de paroles, d’intrigues à rebondissements inattendus et un peu forcés. À devenir fou. On se demande s’il est possible que les esprits se calment sans l’intervention d’un médiateur.
Cette histoire de fils qui aurait pu épouser sa mère est un peu tirée par les cheveux. Admettons qu’il soit logique que l’auteur du Barbier de Séville (qui est en quelque sorte le premier épisode de l’histoire de Figaro) ne puisse se retenir de couper les cheveux en quatre.
Par bonheur François Ha Van signe une mise en scène très contemporaine et respectueuse d’un texte dont on redécouvre toute la saveur. Il réussit à nous servir la pièce de Beaumarchais entière et intacte. Elle en devient moderne, et on se surprend à en apprécier le fond. Et les costumes contemporains nous font oublier qu’elle a été écrite en 1778. Comme ces querelles de pouvoir résonnent avec justesse ! Terrible dialectique du pouvoir des forts sur les faibles : « prouver que j’ai raison pourrait accorder que je puisse avoir tort ». Alors, n’insistons pas.
Le droit de cuissage est chose commune. La misogynie et le sadisme du comte sont poussés à leur paroxysme. Je ne suis pas prête d’oublier son entrée en scène, la tronçonneuse à la main. L’effet comique est saisissant et absolument juste.
La distribution est plutôt « jeune » et prometteuse. La plupart des comédiens ont suivi les cours de l’école de formation professionnelle du Vélo volé, que dirige François Ha Van. Il faudrait tous les citer, et, qu’ils me pardonnent, mais j’ai une tendresse particulière pour le jeu délicatement insolent de Julie Quesnay (la Comtesse).
Les costumes apportent un éclairage nouveau. Leurs tonalités bleues, blanches et rouges annoncent un avenir républicain. Un camaïeu de bleus désigne le monde du travail. Les « patrons » sont en blanc, dans un stylisme d’inspiration japonisante. Les vêtements de la noce sont coupés dans des tissus unis ou imprimés à dominante rouge. La musique, elle, adoucit les mœurs, avec une adaptation de trois morceaux de l’opéra de Mozart du même nom.
Je redécouvre un classique avec plaisir. C’est intelligent et drôle. Enfin une vraie belle comédie qui libère un rire sans réserve, sans complexe et sans vulgarité. Courez-y : ce n’est pas si fréquent. ¶
Marie-Claire Poirier
Les Trois Coups
Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais
Cie Le Vélo volé • 40, rue Coriolis • 75012 Paris
Tél.-télécopie : 01 46 28 27 70 | portable : 06 14 41 55 72
Mise en scène : François Ha Van
Avec : Guillaume Tagnati, Julie Quesnay, Rafael Reves, Nathalie Yanoz, Anne Tresmolières, Laurent Suires, Céline Jorrion, Matila Malliarakis, Sylvain Savard, Jean-Baptiste Guinchard, Étienne Durot, Stéphanie Germonpré, Fanny Sidney
Scénographie : Sarah Heitz-Ménard et François Ha Van
Lumières : David Chesneau et François Ha Van
Costumes : Tifenn Deschamps
Musique : Nicolas Teuscher
Musiciens : Nicolas Teuscher (basse), Anna Startseva (violon) et Julie Quesnay (accordéon)
Construction des décors : Pascal Monneau et Moustafa Oushrir
Photos : David Kruger
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 42 22 66 87
Au moins jusque fin août 2009, du mardi au samedi à 21 h 30
Durée : 2 heures
30 € | 20 € | 15 €
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