Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
Humain, trop humain
Par Benoît Lahoz
Les Trois Coups.com
Après « Teruel », révélation du Gilgamesh Théâtre à Avignon en 2007, « Pazzi » et « la Légende dorée », la compagnie valaisanne Interface revient avec son nouveau spectacle, « Sabbat ». Dans la continuité de sa démarche, la compagnie livre une œuvre puissante et d’une grande maturité, qui conjugue cette fois danse, musique et chant pour un nouveau rituel à part, où la parole prend une place particulière.
Interface, c’est d’abord une œuvre de recherche : cette part invisible mais essentielle du travail, qui fait que les spectacles de la compagnie ne naissent que de l’engagement, de chacun et de tous, dans une expérimentation de longue haleine sur soi-même. Avec Sabbat, la compagnie a dû chercher bien loin dans les eaux profondes. Et ce à quoi elle nous invite n’est rien moins qu’un voyage libérateur, au cœur de la relation ambiguë qu’entretient l’homme avec le pouvoir.
Car, en ce début de siècle, après plus de cent ans de guerres médiatisées, la tentation est grande de prendre un peu de recul et de faire le point sur un xxe siècle qui a vu, lui aussi, naître et grandir tortionnaires comme humanistes. Sans qu’il ne soit donc jamais possible d’oublier que le pouvoir c’est aussi cette formidable puissance qu’a l’individu de réveiller la liberté, Sabbat est pourtant empreint d’abord d’une violence aiguë qui va chercher, presque doucement parfois, tendrement dirait-on, à l’endroit où notre conscience collective continue de cacher ses monstres.
« Sabbat » | © Yvan Pitteloud
Ainsi, bien au-delà d’un travail de mémoire, c’est d’une pierre ciselée dans l’humanité qu’il s’agit ici. Sans concession, dense et réfractaire au silence comme chacun des spectacles d’Interface, Sabbat dévoile pour la première fois une fêlure dans le rythme, une faille qui le rend presque fragile sous nos yeux et révèle une grande maturité. Toujours très frontale, la danse est rapide, rythmée, le texte est vif, la musique enlace et entraîne. Mais c’est comme si cet agencement complexe tenait uniquement sur une confiance délicate et nécessaire, entre eux et nous, qui se construit tout au long d’une messe décalée qui invite au regard éclairé plutôt qu’à la génuflexion.
Taillée dans une simplicité qui n’est qu’apparente, la mise en scène d’André Pignat forme un écrin d’où surgit comme un chant lancinant et sacré. Son choix de faire chanter sur scène l’admirable Javier Hagen, puissant ténor et contre-ténor soudain changé en petit bonhomme à talonnettes, introduit une ambiguïté dérangeante. Le masque fabriqué par Khadija el-Mahdi – et sa voix, comme confrontée à celle de Thomas Laubacher, sur le texte tout en finesse de Stéphane Albelda –, ce masque donc ajoute à ce malaise, tant son inquiétante présence fait naître des images contradictoires s’il est porté par l’une ou l’autre des danseuses. Accessoire tour à tour fragile sur Stéphanie Boll et puissant sur Géraldine Lonfat, il nous porte aux extrêmes qui, dans cette chorégraphie intense touchant au sublime, jouent avec les personnages pour révéler les êtres. Humains. Trop humains ? ¶
De notre envoyé spécial en Suisse
Benoît Lahoz
Sabbat, par la compagnie Interface
Studio Interface • Z.I. Chandolines • route de Riddes 87 • 1950 Sion (Suisse)
+41 27 203 55 50
Mise en scène et musique originale : André Pignat
Écriture : Stéphane Albelda
Danse et chorégraphie : Stéphanie Boll et Géraldine Lonfat
Acteur, chanteur : Javier Hagen
Comédiens voix off : Thomas Laubacher, Khadija el-Mahdi et certaines personnalités du xxie siècle
Chanteurs : Vincent Pignat, Fanny Revaz et Laurence Revey
Scénographie : Pierre Favre
Éclairages : Bert de Raemaecker
Vidéo : Dominique Fumeaux, David Gaudin et Étienne Karlen
Masques : Khadija el-Mahdi
Maquillage : Colette Kramer
Costumes : Gerda Pignat et Iris Aeschlimann
Coiffure : François Évéquoz
Régie lumière : Carmen Bender
Photographes : Ivan Pitteloud et Claude Journu
Diffusion : Marion Noël (Carré d’choc)
Studio Interface • Z.I. Chandolines • route de Riddes 87 • 1950 Sion (Suisse)
Réservations : +41 27 203 55 50
Du 21 avril au 10 mai 2009 à 20 h 30, dimanche à 19 heures
Durée : 1 heure
30 CHF | 15 CHF
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