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Par Les Trois Coups
Tête légère et pieds lourds
Par Vincent Morch
Les Trois Coups.com
Marcel Maréchal et Michel Demiautte ont choisi de mettre en scène « les Caprices de Marianne » de Musset en cherchant à trouver un point d’équilibre entre la légèreté et le drame. Mais, malgré quelques trouvailles, un bon niveau d’interprétation et une excellente Marianne, ce spectacle ne m’a guère convaincu.
Cœlio (Yannick Debain) est un beau jeune homme sérieux et triste. À sa mélancolie naturelle s’ajoute la souffrance de ne pouvoir approcher celle dont il est fou amoureux, Marianne (Flore Grimaud). En effet, celle-ci, âgée de 19 ans, est l’épouse du vieux juge Claudio (Marcel Maréchal), et comme elle est fort dévote, elle croit à la sacralité de son lien conjugal et au devoir de fidélité qu’il implique. Aussi ne laisse-t-elle aucune ouverture à son malheureux prétendant, qui se trouve au point de retenir son âme de le quitter à chaque fois qu’il respire.
Est-ce la mélancolie de Cœlio qui donne à ces scènes d’exposition autant de lourdeur ? Est-ce le classicisme presque scolaire de la mise en scène ? Pas même les escapades bouffonnes ou les intermèdes musicaux ne parviennent à retenir ma lente glissade vers l’ennui.
Ah, si ! Quelque chose se passe ! Octave, un ami de Cœlio, apparaît dans un costume carnavalesque improbable, et parvient à me tirer de ma torpeur naissante. Aussi jouisseur que Cœlio est sinistre, ce jumeau négatif lui propose de jouer de sa qualité de parent de Marianne pour se rapprocher d’elle et défendre sa cause. On devine la suite… Mais la bonne nouvelle dans l’affaire, d’un point de vue dramatique, c’est que désormais c’est Mathias Maréchal qui tient les devants de la scène, et que son jeu très juste, entre désespoir discret et cynisme affiché, rallume mon intérêt.
« les Caprices de Marianne » | © Lot
Néanmoins, je dois dire que ce n’est encore rien devant la flamboyance de Flore Grimaud, qui éclabousse la scène de son talent. Vive, intelligente, ironique, énergique, elle campe une Marianne parfaite, forte et décidée à ne s’en laisser compter par personne. Le monologue où elle dépeint la condition difficile des femmes est interprété avec fougue et esprit, de main de maître. Je suis complètement conquis. Chacune de ses apparitions, chacune de ses répliques est comme un rayon de soleil qui traverse un ciel gris.
Car, hélas, il y a toujours ce ciel gris. Le décor en treillis coloré que l’on plie et déplie pour figurer les différents lieux du drame me dérange par un côté bricolage que je n’arrive pas à chasser de ma tête. Les intermèdes musicaux, s’ils ont un aspect touchant de complainte populaire, ralentissent l’action et me laissent sceptique d’un point de vue musical. Les saillies d’humour me semblent plus lourdingues que légères. Je n’ai rien remarqué par ailleurs des « intermèdes avec sarabandes de masques et de musiques inspirées du carnaval » que la note d’intention évoque. Enfin, la musique de la scène où Cœlio se fait trucider par les sbires du juge ressemble tellement à un vieux morceau de Jean-Michel Jarre qu’elle a provoqué sur moi un effet comique, alors que la tension devait être à son maximum…
Et pourtant, lorsqu’à la dernière scène Marianne propose à Octave de se donner à lui et qu’Octave lui répond franchement, durement, qu’il ne l’aime pas, un long, un très long silence se fait avant que la salle ne comprenne que la pièce est finie. Cette Marianne-là, aussi pétrie de faiblesses que j’ai pu la trouver, témoigne à sa manière de la noblesse du théâtre, quand il est servi par la générosité de comédiens talentueux. ¶
Vincent Morch
Les Caprices de Marianne, d’Alfred de Musset
Mise en scène : Marcel Maréchal et Michel Demiautte
Avec : Marcel Maréchal, Flore Grimaud, Mathias Maréchal, Yannick Debain, Philippe Escande, Hélène Arié, Michel Demiautte, Jacques Angéniol, Antony Cochin
Musique : François Fayt
Décor : Thierry Good
Costumes : Bruno Fatalot
Lumières : Jean-Luc Chanonat
Stagiaire : Heïdi-Eva Clavier
Coproduction Tréteaux de France, villes de Figeac et Douai, conseils généraux de la Charente-Maritime et de l’Eure
En coréalisation avec le Théâtre 14
Théâtre 14 • 20, avenue Marc-Sangnier • 75014 Paris
Métro : Porte-de-Vanves
Réservations : 01 45 45 49 77
Du 26 mai au 11 juillet 2009, les mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30 ; jeudi à 19 heures ; matinée samedi à 16 heures
23 € | 16 €
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