Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par Les Trois Coups
N’insistez pas, Stanislas !
Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups.com
Que faire contre le snobisme ? Une comédie, s’est dit Marivaux aux alentours de 1746. Une fable bifluorée sur un air de mambo, a renchéri en 2009 Jean-Luc Revol, directeur du Caramel fou, troupe sérieuse et drôle. Le résultat est là : souriant, acidulé, élégant et un rien vain. Comme quelquefois Marivaux, quoi qu’on en dise…
Pivot et verrou de toute l’histoire : l’horripilante Angélique et ses préjugés. D’accord, elle est noble et Dorante seulement bourgeois, mais Dorante est riche. Riche à en crever… de dépit. Car enfin, raisonnons ! Ce jeune roturier est un bon parti. Il est sincère, industrieux, généreux, en un mot « beau comme Crésus ». Angélique l’aime, il aime Angélique, la maman d’Angélique est d’accord, où est le problème ? En Angélique naturellement, ou plutôt artificiellement. Il faudra toute la rouerie de Lisette pour venir à bout de ces fameux artifices dont use l’amour-propre pour tenter d’étouffer l’amour. Ah, pas de ça Lisette !
Décor minimaliste (et bon) d’Emmanuel Laborde : des petits nuages sur lesquels il n’y a plus qu’à poser l’action, des plus simples de toute façon. Les personnages se détachent sur ce joli ciel d’été comme des réclames des années 1950, paradis perdu de l’Occident. La costumière, Aurore Popineau, s’en est donné à cœur joie. Pettycoats sous les jupes, nœuds dans les cheveux, smoking, uniformes, on est bien chez des gens qui ne jurent que par Christian Dior et Rita Hayworth. Côté comédiens, Jean-Luc Revol hérite de la fine équipe de l’Affaire de la rue Lourcine (voir critique ici), ce qui est un cadeau.
Louise Jolly fait de sa belle-maman un monument de finesse, si j’ose dire. Marie-Julie de Coligny se cogne aux murs et se prend à son propre piège avec plaisir et drôlerie. C’est une Angélique finement observée. De son côté, Olivier Broda prête ses traits d’hurluberlu pince-sans-rire à un Dorante exquisement coincé. On en apprécie d’autant plus la faconde de Cédric Joulie en groom Arlequin aux pieds de l’ineffable Lisette. Coup de chapeau appuyé à Anne-Laure Pons, qui trouve en cette soubrette pédagogue un rôle à la mesure de son talent. Elle le doit en partie à Marivaux qui lui a écrit un rôle en or. N’empêche, le charme, la vie, l’ironie, c’est elle !
Ah, j’oubliais ! De temps en temps, ça les prend : tout ce petit monde se trémousse en chœur et danse à qui mieux mieux sur des airs de mambo. Celui qui, comme chacun sait, « m’a assassiné, Mathias * ! ». Bref, rires et bonne humeur pour un spectacle réussi à voir avec des amis avant d’aller boire un cocktail chez les Perle-Minouze. ¶
Olivier Pansieri
* Tube légendaire des Rita Mitsouko.
Le Préjugé vaincu, de Marivaux
Maison de la culture de Nevers et de la Nièvre
Mise en scène : Jean-Luc Revol
Avec : Olivier Broda, Marie-Julie de Coligny, Louise Jolly, Cédric Joulie, Anne-Laure Pons
Costumes : Aurore Popineau
Scénographie-lumières : Emmanuel Laborde
Chorégraphies : Armelle Ferron
Coproduction maison de la culture de Nevers et de la Nièvre, T.C.F. (Théâtre du Caramel-Fou)
Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 00 80
Du mercredi 8 juillet au dimanche 31 juillet 2009 à 16 heures
Durée : 1 h 10
17 € | 12 €
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