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Par Les Trois Coups
Chronique d’un succès annoncé
Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups.com
Il y avait foule au Chêne noir pour applaudir la nouvelle œuvre de Diastème, interprétée par Emma de Caunes, et le public n’a pas été déçu. Le nouvel opus de Diastème a été écrit pour plaire et il plaît : mission accomplie.
L’Amour de l’art ne révolutionne pas le théâtre contemporain. Aussi bien, me semble-t-il, n’a-t-il pas été écrit pour ça. La nouvelle pièce de Diastème comporte une intrigue bien ficelée, servie par une mise en scène efficace, au rythme rapide qui évoque le cinéma. Nous assistons à une série de très courtes scènes dans un décor unique, dont les éléments sont tour à tour révélés ou masqués par d’habiles jeux de lumière.
Quels sont les ingrédients d’un succès programmé ? Une pièce dans la pièce qui nous permet de suivre d’une part la performance d’une actrice jouant, seule en scène, la dernière journée de Marilyn Monroe et, d’autre part, les rapports qui règnent dans les coulisses entre la vedette et les techniciens qui l’accompagnent ou qu’elle rencontre au hasard des haltes de la tournée.
Emma de Caunes est très émouvante dans le rôle de Marilyn, même si elle ne rend pas tout à fait le côté « bombe sexuelle » et si la « vraie Marilyn » était, sans doute, plus « déjantée », comme on dit.
« l’Amour de l’art »
Du côté « envers du décor », nous sommes en pleine convention, pour ne pas dire caricature. L’habilleuse, amie de la vedette, est, bien sûr, frustrée, acariâtre, dépressive et j’en passe. Les régisseurs rencontrés dans les différents théâtres sont incultes, ivrognes, paresseux ou incompétents, au choix. Nous ne sommes pas loin, ici, du « boulevard » et les saillies ou bons mots pleuvent. « L’amour de l’art, c’est bien joli, mais, pour l’orgasme, tu repasseras », note finement l’habilleuse tandis qu’un régisseur indique gravement : « Strindberg a écrit 52 pièces (en suédois, tu me diras), mais 52 pièces, tout de même ! ». À un autre moment, un personnage lâche : « Bien sûr, ce sont des critiques suisses, mais c’est quand même des critiques ! ». N’épiloguons pas.
Reste l’histoire d’amour entre la vedette et un technicien du son. Elle est peut-être destinée à faire pleurer Margot, mais elle m’a paru sonner juste. On s’étonne seulement que l’amour donne tellement d’éloquence aux hommes qu’elle transforme un gentil ours, taciturne et un peu bourru, en un philosophe presque babillard.
Le jeu des comédiens, lui, est irréprochable et de haute volée. J’avoue ma faiblesse pour Bertrand Combe qui incarne les différents régisseurs : il arrive presque à nous faire croire à son personnage d’adolescent boutonneux. Jeanne Rosa ne peut guère s’épanouir dans son rôle de coincée, qui disjoncte parfois. Emma de Caunes et Frédéric Andrau sont beaux, justes et touchants.
Si vous n’avez pas le goût du risque ou si vous aspirez, tout simplement, à une bonne soirée de détente, allez voir l’Amour de l’art, c’est ce qu’il vous faut. ¶
Jean-François Picaut
L’Amour de l’art, de Diastème
Mise en scène : Diastème
Assistant : Damien Bricoteaux
Avec : Emma de Caunes, Frédéric Andrau, Jeanne Rosa, Bertrand Combe
Décor : Cécille & Georges
Lumières : Stéphane Baquet
Costumes : Frédéric Cambier
Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 40 57
Du 7 au 29 juillet 2009 à 21 heures
15 € | 10 €
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