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Par Les Trois Coups
Une voix lumineuse
entre nuit et brouillard
Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups.com
Audacieux, en cette période estivale tout à la fête, le Théâtre des Halles présente avec « Une voix sous la cendre » la dernière création du maître des lieux, Alain Timar. Un texte difficile et beau, retrouvé sous les cendres des cadavres d’Auschwitz. Il est dit par un comédien d’une intensité formidable et mis en scène avec l’étincelante sobriété qui lui sied.
« Vois mon ami, là-bas, au loin sur un chemin d’un blanc brillant, une masse noire allongée bougeant à peine et entourée de grandes ombres noires qui se penchent constamment sur la masse se traînant sur le sol pour frapper avec quelque chose sur des têtes profondément baissées ». Ce style déclamatoire adressé au lecteur futur, juge et confident imaginé, Zalmen Gradowski (qui appartint au Sonderkommando, cette unité chargée du déshabillage, du gazage et de l’enterrement des victimes) le puise dans la veine lyrique des textes du Livre, pour laisser trace du « monde tragique » dans lequel il fut pris.
Le manuscrit retrouvé à l’ouverture du camp de Birkenau, dans une gourde en aluminium fermée par un bouchon métallique, et dédié à sa famille, porte en préambule cette recommandation aux accents prophétiques : « Que celui qui trouvera ce document sache qu’il est en possession d’un important matériel historique ». La terrifiante lucidité de Zalmen Gradowski sur son sort, doublée d’une impérieuse nécessité de s’expliquer et de témoigner par-delà la mort, celle d’Alain Timar et de François Clavier l’éclaire par leur travail. Les déplacements judicieux et rares du comédien, la quasi-absence d’effets – de diction, de jeu, de lumière ou de son – soulignent chaque mot de cette voix rescapée, exhumée des cendres. Cette pénétrante sobriété toute dénuée de pathos tempère l’emphase d’une parole vive ou, plus justement, paradoxalement vive.
© Véronique Suau
Le travail de mise en scène réside ainsi essentiellement dans la scénographie. Un carré blanc lumineux, d’abord petit en fond de scène, se découpe dans le noir des murs nus du théâtre. Il permet au comédien de jouer en contre-jour et d’incarner ces « masses noires allongées et bougeant à peine ». S’approchant très progressivement, il devient, sur le devant de la scène, aussi grand qu’éblouissant, à l’image de ce « chemin d’un blanc brillant ». Mais ce carré blanc sur fond noir est aussi une métaphore du témoignage qui fait tache, un bloc de vérité qui s’agrandit au rythme de ce qui est dit, jusqu’à devenir aveuglant. La tension ainsi créée entre une parole hyperbolique, l’incroyable présence de François Clavier et cette mise en scène aussi simple qu’éloquente est un modèle d’équilibre et d’intelligence. Et de compréhension, et d’écoute, répondant, aussi, à ces mots de Zalmen Gradowski : « Nous sommes sortis dans un grand monde libre qui nous a éblouis par sa blancheur et effrayés par son étendue infinie, mais dont, par contraste, la noirceur d’un immense ciel illimité nous a fait trembler. Et comme tout paraît symbolique ! Une terre blanche et une couverture noire pour cette masse qui se déplace sur cette blancheur. On perçoit un silence extraordinaire dans le monde. On a l’impression que, hormis nous, ombres noires, plus personne n’existe. Et nous, on nous a fait sortir dans le vaste monde pour nous confier une tâche importante que le jour ne doit pas voir ». Zalmen Gradowski démenti grâce à Alain Timar et François Clavier ! Eux qui parviennent à faire exister un peu d’Histoire, de mémoire, d’universel à travers le personnel. Obscure clarté que cette Voix sous le cendre. ¶
Cédric Enjalbert
Une voix sous la cendre, de Zalmen Gradowski
Tiré de Des voix sous la cendre
Mise en scène et scénographie : Alain Timar
Avec : François Clavier
Lumière, son, régie et conception machine : Hugues Le Chevrel
Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon
Du 7 au 30 juillet 2009, à 17 heures
Réservations : 04 32 76 24 51
Durée : 1 h 20
21 € | 15 €
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